Un garage rempli de motos introuvables
Quand on pousse la porte d’un atelier où s’alignent des motos françaises qu’on ne voit jamais ailleurs, on comprend vite qu’on ne se trouve pas dans un garage d’apparat. Ici, pas de murs blancs, pas de lumière tamisée, pas de pièce détachée posée en vitrine. Il y a de la patine, du vécu, des outils qui ont servi mille fois, et cette odeur de graisse et de métal chaud qui prend à la gorge dès qu’on entre. C’est dans cet atelier que nous avons retrouvé Jean Vidal et son fils Jonathan, deux passionnés qui n’ont pas attendu qu’on leur tende la bande pour vivre leur amour de la mécanique et de la compétition. La vidéo qui a servi de point de départ à cet article, publiée sur la chaîne monde des motos françaises, donne à voir un lieu où chaque étagère raconte une histoire, et où la passion s’écrit en clés de 12 et en cordons de soudure.

Jean Vidal a 62 ans et a pris sa retraite au tout début de l’année, après une longue période d’invalidité qui a suivi un accident où il a perdu une jambe. Jonathan, son fils, a une trentaine d’années et court encore en motocross, sur des cylindrées thermiques mais aussi, depuis peu, sur des motos électriques. Ensemble, ils restaurent, entretiennent et collectionnent des motos françaises souvent oubliées des catalogues modernes, des productions confidentielles qui n’intéressent ni les musées ni les médias, mais qui font la joie d’une poignée d’initiés prêts à donner un coup de main pour les sauver de la rouille.
Dans les lignes qui suivent, on vous emmène découvrir ce lieu à nul autre pareil, à écouter le récit d’une passion transmise dès l’enfance, et à plonger dans les coulisses d’une restauration qui concerne une moto française extrêmement rare : une Portal de 1983, assemblée avec les pièces restantes d’une production presque terminée. On y croisera aussi un ascenseur, une collection de presse moto centenaire, et un certain nombre de projets que ces deux passionnés mènent tambour battant, entre deux clés et un café.
1. Une rencontre au cœur du monde de la moto française

Tout commence par un coup de téléphone. Celui du père, Jean Vidal, qui joint la chaîne « monde des motos françaises » pour proposer une visite d’atelier. Quand on arrive sur place, on est frappé d’abord par l’absence totale de mise en scène. Pas de plaque émaillée à l’entrée, pas de logo peint au pochoir sur le mur. Juste un grand portail qui s’ouvre sur un espace de travail qui ressemble à un atelier d’autrefois : des établis chargés d’outils, des pièces en attente sur des étagères, des motos à différents stades de démontage, et au milieu de tout cela, deux hommes qui vous accueillent avec une simplicité désarmante.

Le père, Jean, est un homme mince au regard vif, qui se déplace avec une prothèse et qui n’a rien perdu de sa capacité à raconter une histoire avec précision. À 62 ans, il a pris sa retraite au début de l’année, après une longue période d’invalidité consécutive à un accident qui lui a coûté une jambe. Cette mise au repos forcée a finalement accéléré quelque chose qui couvait depuis longtemps : la transmission à son fils Jonathan d’un savoir-faire complet de restauration, et le passage à une activité à plein temps autour des motos françaises.
Jonathan, de son côté, a la trentaine. C’est un pilote amateur touche-à-tout, qui a commencé par le motocross, puis est passé aux motos anciennes, avant de goûter à la piste et de finir, l’année dernière, par remporter le championnat de France de motocross électrique, l’eXtour, qu’il a gagné deux années de suite. Ce palmarès n’a rien d’anecdotique : sur une discipline encore neuve, où les marques alignent leurs protos et leurs teams officiels, s’imposer deux saisons consécutives demande autant de régularité que de science de la course.
Le tandem père-fils fonctionne à l’évidence depuis longtemps, mais il a pris une nouvelle dimension depuis la retraite de Jean. Comme le reconnaît Jonathan, le parcours qu’il a suivi — motocross, puis moto ancienne, puis compétition moderne et électrique — n’a rien d’un hasard. Il raconte d’ailleurs qu’il a commencé à s’intéresser aux machines de collection en regardant son père travailler, et qu’il a voulu « retracer un peu l’histoire » à travers les motos qui passaient dans l’atelier. Cette logique de transmission, on la sent à la manière dont les deux hommes se passent la parole, dont l’un complète la phrase de l’autre sans jamais empiéter.
2. Un atelier qui sent le vécu

Quand on pénètre dans l’atelier proprement dit, le premier réflexe est de chercher la moto la plus voyante. Ici, ce n’est pas possible : il y en a partout, à différents niveaux d’avancement, et chacune mérite qu’on s’y arrête. Mais avant d’aller fouiner du côté des machines, c’est l’outillage qui retient l’attention. Au fond de la pièce, un coin soudure est installé avec poste à souder, tubes de gaz et baguettes de chaque calibre. Jean précise qu’il n’est pas le seul à manier la torche : la pratique a été transmise, et d’autres mains que les siennes interviennent aujourd’hui dans l’atelier.

À quelques mètres du poste de soudure, on trouve un bac à sable qui sert depuis un petit moment à décaper les pièces. La sableuse est l’outil idéal pour mettre à nu un cadre, un réservoir ou un bras oscillant avant de s’attaquer à la peinture ou à la soudure. Juste à côté, une fontaine de lavage permet de nettoyer les pièces avant remontage, indispensable pour éviter que la limaille et les copeaux ne finissent dans un moteur ou dans un carburateur. Le bac est un modèle du commerce, classique, qui fait son travail sans bruit et sans histoire.
Vient ensuite le mini-tour. Jean le reconnaît lui-même, il est un peu petit pour certaines pièces, mais on se dépanne avec, comme il dit. Pour les usinages plus précis, il dispose d’une fraiseuse dans un autre local, plus pointue, qui permet de réaliser des pièces qui demandent une vraie rigueur dimensionnelle. Quand on lui fait remarquer que tout cela ressemble à un atelier d’école, Jean sourit. Cette petite flottille de machines-outils n’a rien d’ostentatoire, mais elle permet de faire face à 90 % des besoins d’une restauration de moto ancienne.
Il y a aussi une presse, une presse récupérée, comme le dit Jean, mais qui développe tout de même quelques tonnes de pression. Le tout est rangé avec soin, nettoyé, et l’ensemble dégage une impression d’ordre qui contraste avec l’image qu’on pourrait se faire d’un atelier de passionnés. C’est ici que la moto actuellement en cours, la Portal 1983, attend son tour. Le cadre est en plusieurs morceaux, prêt à être réassemblé, et le bac de sable a déjà servi à décaper un certain nombre de pièces annexes.
Tout est bien rangé, tout est propre, même si on ne rentre pas dans les détails. Cette formule de Jean revient plusieurs fois au cours de la visite : pas la peine de s’attarder sur la propreté, l’important est que les outils soient là, à portée de main, et qu’ils fonctionnent quand on en a besoin. C’est exactement ce qu’on attend d’un atelier de restauration, et c’est aussi ce qui explique qu’on peut y restaurer une moto des années 1980 comme on y restaurerait une moto des années 1950 : la méthode reste la même, seuls les matériaux évoluent.
3. La passion se transmet dès l’enfance

Si Jean manie le chalumeau avec autant d’aisance aujourd’hui, c’est que la pratique a commencé chez lui bien avant l’adolescence. Il raconte que ses premières soudures, il les a faites à l’âge de 8 ans, aux côtés de son père. Ce n’était pas un atelier moderne : un simple poste oxyacétylénique avec un chalumeau, et il fallait déjà apprendre à régler la flamme. Le père de Jean n’était pas du métier à proprement parler, mais il avait acquis un savoir-faire de bricoleur avancé, et c’est lui qui a transmis les premiers gestes.
Ce détail peut paraître anecdotique, mais il est en réalité fondateur. Quand on demande à Jean comment il a pu apprendre à souder si jeune, il répond simplement que c’est comme ça, que son père lui a montré, et que lui-même a continué. Il n’y a pas eu d’école d’ingénieurs, pas de CAP de chaudronnier, pas de diplôme de mécanique : tout est autodidacte, et c’est précisément ce qui rend son parcours intéressant. Il a appris la soudure à la flamme, puis il est passé au poste à souder électrique, puis il a appris à se servir d’un tour, puis d’une fraiseuse, et ainsi de suite, brique après brique.
Cette logique de l’apprentissage par la pratique, on la retrouve jusque dans la manière dont Jean parle de son métier d’avant, qui n’avait a priori rien à voir avec la moto. Quand il a eu besoin de couper des bouts de métal pour adapter un moteur dans un châssis, il ne disposait pas d’une disqueuse moderne : il a utilisé la scie à métaux et la lime. Ce qui aurait pu être un calvaire est devenu une école de patience, une manière d’apprendre à travailler précis, à doser ses efforts. Une passion, dit-il, doit être une école de la vie.

Et l’école de la vie, chez lui, va jusqu’à la fonderie. Jean explique qu’il a appris à fondre pour recréer un cylindre, une culasse, ou les pièces qui manquent pour avoir une moto la plus authentique possible. C’est un niveau d’exigence qui n’est pas à la portée du premier bricoleur venu : il faut un four, des creusets, du sable à prise rapide, et surtout beaucoup de temps pour mettre au point un alliage et un procédé qui tiennent la route. C’est aussi le signe que, dans cet atelier, on ne se contente pas de rafistoler : on restaure à l’identique, et quand une pièce n’existe plus, on la recrée.
Cette exigence, Jean l’a partagée avec ses deux fils. Il le dit lui-même : la passion de la moto, au sens large, c’est quelque chose qu’on a eu la chance de pouvoir partager, et il en tire une vraie fierté. Quand on regarde la trajectoire de Jonathan, on comprend que cette transmission a fonctionné. Le fils est devenu pilote, le père est devenu restaurateur, et les deux ont fini par travailler ensemble, dans le même atelier, sur les mêmes motos. C’est presque une histoire idéale.
4. Une vie bouleversée qui a ouvert de nouveaux horizons
On ne peut pas raconter l’atelier sans raconter l’accident qui a tout précipité. Jean a perdu une jambe dans un accident dont il ne s’étend pas sur les circonstances. Ce qu’il en dit, c’est qu’il s’agit d’une atteinte au fémoral qui a un peu bousculé sa vie, et que cette épreuve a finalement été l’occasion de prendre un virage qu’il n’aurait sans doute pas pris si sa vie avait continué comme avant. Les mots qu’il choisit sont pudiques, mais l’idée est claire : la retraite n’a pas été un choix, elle a été une obligation, et c’est cette obligation qui a ouvert un nouveau chapitre.

Jean est aujourd’hui un jeune retraité de 62 ans, selon sa propre expression. Jeune, parce qu’il a toute son énergie, et parce que la retraite lui donne du temps qu’il n’avait pas auparavant. Avant l’accident, il travaillait, il voyait sa famille, il pratiquait la moto, mais il n’avait jamais eu le temps de se consacrer à fond à la restauration. L’invalidité longue, puis la retraite, ont transformé ce hobby en activité à part entière. C’est presque une chance, reconnaît-il, même s’il aurait préféré que les choses se passent autrement.
Cette idée que les grands événements de vie peuvent ouvrir un espace de liberté, Jean la partage sans détour. Il observe que c’est souvent dans ces moments-là qu’on prend des virages, et qu’on essaie de prendre de bons virages, notamment pour l’éducation des enfants. Pour lui, le virage a plutôt été celui de la passion : se lancer à fond dans la moto ancienne, dans la restauration, dans la collection, et faire de tout cela un mode de vie. C’est une manière de transformer une épreuve en quelque chose de constructif, et le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat est concret.
Ce qui frappe, chez Jean, c’est qu’il ne se plaint pas. Quand il parle de la prothèse, de l’accident, des années d’invalidité, il le fait avec un détachement qui n’est pas de la résignation, mais une forme d’acceptation. Le regard qu’il porte sur sa passion en est transformé : il n’a plus la même notion du temps, plus la même manière de hiérarchiser les urgences. Ce qui compte, c’est de pouvoir continuer à vivre sa passion, et tout le reste — l’accident, la prothèse, les douleurs qui peuvent survenir — devient secondaire.
C’est aussi ce qui explique pourquoi l’atelier est ouvert tous les jours, ou presque. Jean n’a plus de patron au-dessus de lui, plus de compte à rendre, plus de calendrier qui ne soit pas le sien. Il peut passer une journée entière sur une seule pièce, s’il estime que c’est nécessaire. Il peut aussi recevoir un appel pour une moto à restaurer et dire oui tout de suite, parce que les machines ne vont pas se restaurer toutes seules. Cette liberté, il la savoure, et il la met au service d’un projet qui dépasse de loin le simple hobby.
5. Une Portal 1983, pièce presque unique

Au moment de la visite, la moto qui mobilise l’atelier est une Portal de 1983. Pour qui ne connaîtrait pas la marque, ce nom n’évoque pas grand-chose, et c’est précisément ce qui rend la machine intéressante. Portal est une petite marque française qui a produit des motos entre 1975 et 1984, soit une dizaine d’années d’existence. En 2025, on approche donc des 50 ans de la marque, et l’occasion mérite d’être soulignée : il n’y a pas beaucoup de marques hexagonales de cette époque dont on puisse encore tracer l’histoire complète.
Pour comprendre la rareté de l’exemplaire de 1983, il faut revenir sur l’histoire industrielle de Portal. En 1982, la marque signe un accord commercial avec Peugeot, dans l’espoir de bénéficier d’un réseau et d’un effet de gamme. L’accord ne fonctionne pas réellement, et la production se retrouve en suspens. En 1983, Portal fait ce qu’elle peut : elle assemble des motos avec le restant de pièces qu’elle a chez ses fournisseurs, en attendant de voir comment la situation va évoluer. Très peu d’exemplaires sortent des chaînes dans cette configuration.

La moto qui est aujourd’hui dans l’atelier est précisément l’une de ces machines assemblées en bout de course. C’est un modèle 1983, donc quasiment unique, et c’est aussi, paradoxe de l’histoire industrielle, une moto qui n’a jamais vraiment eu sa chance sur le marché. Les motos Portal de cette fin de production sont rares, mal documentées, et il est difficile de dire combien d’exemplaires ont survécu. C’est typiquement le genre de machine qui peut disparaître à tout moment, d’où l’intérêt de la remettre en état.
La restauration est en cours. Le cadre a été mis en pièces pour être nettoyé, redressé, et certaines sections sont en train d’être réassemblées. La sableuse a déjà fait son travail sur un certain nombre d’éléments annexes, et la presse devrait servir pour les pièces qui demandent une mise en forme. Jean et Jonathan n’avancent pas à pas mesurés : ils restaurent à leur rythme, mais avec méthode, en partant du principe qu’une moto comme celle-là mérite qu’on prenne le temps de bien faire les choses.
Au-delà de la moto elle-même, ce qui frappe, c’est la philosophie qui sous-tend la restauration. Pour Jean et Jonathan, l’idée est de retrouver l’authenticité d’origine, quitte à refaire des pièces qui n’existent plus dans le commerce. C’est cette exigence qui justifie la fonderie, le tour, la fraiseuse, et tout l’attirail de l’atelier. Quand on leur demande pourquoi s’acharner sur une marque aussi confidentielle, la réponse est simple : parce que ces motos existent, qu’elles ont existé, et qu’il est de la responsabilité de quelqu’un de les faire revivre.
6. 100 ans de Moto Revue au plafond

La Moto Revue est une institution française du monde de la moto. Créée en 1913, elle a traversé les deux guerres mondiales, la grande époque des constructeurs hexagonaux, l’arrivée des japonaises, et elle est encore publiée aujourd’hui. Jean est un collectionneur de la première heure : il possède, dans son atelier, un jeu complet de Moto Revue qui couvre, dit-il, cent ans de publication. C’est une collection rare, et c’est aussi, comme il le dit lui-même, « encore une autre partie de ma passion pour la moto ».
Quand on monte à l’étage — et nous y reviendrons —, on découvre les rangées de magazines, soigneusement classés par année, avec des reliures qui permettent de retrouver facilement une époque. Pour qui s’intéresse à la presse moto ancienne, c’est une mine d’or : on y lit les essais des Portal, des Suzuki, des Yamaha, des Honda et des Kawasaki de l’époque, et on mesure à quel point la moto française a compté, à une époque où les marques japonaises n’avaient pas encore tout raflé.
Mais la collection n’est pas tout à fait complète, et c’est là que Jean lance un appel à la communauté. Les numéros qui lui manquent sont ceux de la période 1913-1924, c’est-à-dire les premières années de Moto Revue, l’époque où la moto en était encore à ses balbutiements. Pour qui aurait, dans une cave ou un grenier, des exemplaires de cette époque — y compris des grands-pères ou arrière-grands-pères qui en auraient conservé — Jean est preneur. Le contact est en bas de l’article, pour les bonnes volontés.
Cette collection de presse n’est pas qu’un hobby de bibliophile : elle a une vraie valeur d’archive. Pour restaurer une moto comme la Portal 1983, il est utile de disposer des numéros de Moto Revue de l’époque, qui contiennent les essais, les pubs, les schémas techniques, et parfois même des photos d’usine. C’est un outil de travail à part entière, et c’est aussi un témoignage de la richesse de la presse spécialisée française, qui a longtemps été une référence dans le monde entier.

Il faut noter que la collection a aussi une dimension affective. Jean ne collectionne pas pour le seul plaisir de l’œil, mais aussi parce que ces magazines racontent une époque. Quand on feuillette un numéro de Moto Revue des années 1920, on mesure le chemin parcouru, depuis les bicyclettes à moteur jusqu’aux sportives modernes. C’est une manière de se souvenir que la moto est un objet technique, mais aussi un objet culturel, et que la presse spécialisée a accompagné chaque étape de cette histoire.
7. Un ascenseur pour protéger la passion
Quand on évoque l’étage, Jean sourit. Pour accéder à la mezzanine où sont stockées une partie des motos et la collection de Moto Revue, il a fallu construire un ascenseur. Pas un monte-charge industriel, non : un vrai ascenseur, sécurisé, qui permet de hisser une moto entière d’un niveau à l’autre. Au départ, dit-il, il n’y avait pas d’étage du tout. Il a été créé pour des raisons d’espace, et aussi, ajoute-t-il, pour des raisons de sécurité.

La sécurité, justement, c’est une autre histoire. Jean explique qu’il y a eu des tentatives de cambriolage, et qu’à un moment, le choix s’est posé : soit on arrêtait tout, soit on prenait des dispositions et on continuait à vivre sa passion. La première option, pour lui, n’était pas envisageable. La deuxième, c’est ce qui a été fait : aménager l’espace, créer un étage, construire un ascenseur pour y accéder, et rendre l’ensemble plus difficile à atteindre pour des cambrioleurs. C’est le choix de la continuité.
Concrètement, l’ascenseur est une plateforme qui s’élève dans une trémie verticale, à l’intérieur de l’atelier. Au rez-de-chaussée, on gare une moto sur la plateforme, on actionne le mécanisme, et la moto monte à l’étage. Le système est conçu pour être fiable, parce qu’il n’est pas question de voir une moto ancienne basculer dans le vide. Quand on le voit fonctionner, on se dit que c’est presque un spectacle : une moto qui monte doucement, en silence, pour venir se ranger à côté des autres.
Au-delà de la fonction, l’ascenseur a aussi quelque chose de spectaculaire. Le présentateur lui-même s’en amuse : « je suis sur un ascenseur », dit-il en riant, alors qu’il découvre la plateforme. C’est le genre de détail qui frappe les visiteurs, et c’est aussi le genre de détail qui montre à quel point Jean et Jonathan ont mis les moyens pour protéger leur passion. Quand on a une collection de motos introuvables et une collection de presse centenaire, on ne lésine pas sur la sécurité.
Le système a aussi un intérêt pratique : il permet de gagner de la place au sol, et donc de travailler plus confortablement sur les motos en cours. À l’étage, on peut stocker les machines qui ne sont pas en restauration, et au rez-de-chaussée, on garde l’espace libre pour les établis, les machines-outils, et les châssis en cours d’assemblage. C’est une logique d’atelier qui rejoint ce qui se fait dans les garages professionnels, à cette différence près que tout est ici fait à la main, sans logiciel de CAO.
8. Les répliques et la quête des pièces

La Portal 1983 n’est pas la seule moto dans l’atelier. Il y a aussi un certain nombre de répliques, dont une Maico avec un gros moteur et un réservoir rouge qui ne laisse pas indifférent. Jean raconte qu’il a dû aller chez un fournisseur de pièces pour réaliser cette moto, et que ce n’est pas une mince affaire. Quand on décide de construire une réplique d’une moto qui a existé, on s’engage dans une quête qui peut durer des années.
La difficulté, ce n’est pas tant de trouver la moto de base — elles ne sont pas si rares dans les casses et les fonds d’atelier — que de trouver les pièces d’époque qui manquent. Pour une Maico, par exemple, il faut des carters spécifiques, des caches latéraux, des silencieux, des commandes au pied, et toute une série de petites pièces qui n’ont jamais été reproduites en série. Quand on a la chance de trouver un fournisseur qui peut usiner ces pièces à l’unité, on saute sur l’occasion.
Dans le cas présent, Jean et Jonathan ont réussi à trouver un distributeur qui pouvait leur fournir les pièces manquantes. C’est un travail de longue haleine : on ne trouve pas un fournisseur comme ça, il faut des années de réseau, de rencontres, de coups de main. Jean a ce réseau, et c’est ce qui lui permet de mener à bien des projets que d’autres abandonneraient en route. Quand on lui demande combien de temps il faut pour mener à bien une réplique, il répond en souriant que cela se compte en années.
Au-delà de la réplique elle-même, c’est aussi une manière de sauvegarder un patrimoine. Une Maico, qu’elle soit d’origine ou répliquée, fait partie de l’histoire de la moto, et c’est aussi une machine qui peut encore tourner, faire du bruit, et donner du plaisir. Pour Jean, c’est une manière de garder vivante la mémoire de ces marques qui ont fait le motocross européen dans les années 1970 et 1980. Sans des passionnés comme lui, ces motos disparaîtraient à tout jamais.
Et puis il y a les motos qui n’ont pas encore trouvé leur place dans la collection. À la fin de la vidéo, le présentateur évoque le fait qu’il y a encore beaucoup de choses à raconter, et que chaque moto a son histoire. C’est probablement la plus belle définition de ce qu’est un lieu comme celui-ci : un atelier où chaque machine raconte une époque, un pilote, une course, un souvenir. Pour qui aime la moto, c’est presque un lieu de pèlerinage.
9. FAQ

Qui sont Jean Vidal et Jonathan, les deux passionnés que l’on voit dans la vidéo ?
Jean Vidal est le père, un homme de 62 ans, jeune retraité depuis le début de l’année après une longue période d’invalidité suite à un accident qui lui a coûté une jambe. Jonathan est son fils, un pilote amateur d’une trentaine d’années qui pratique le motocross, la piste, et qui a remporté l’eXtour, championnat de France de motocross électrique, deux années de suite. Tous deux partagent une passion commune pour les motos françaises et la restauration.
Qu’est-ce que la marque Portal, dont une moto de 1983 est en cours de restauration ?
Portal est une petite marque française de moto qui a produit des machines entre 1975 et 1984, soit une dizaine d’années. En 1982, Portal a signé un accord commercial avec Peugeot qui n’a pas fonctionné. En 1983, la marque a assemblé des motos avec le restant de pièces disponibles chez ses fournisseurs, et très peu d’exemplaires sont sortis en cette fin de production. La moto de 1983 visible dans l’atelier est donc quasiment unique.
Pourquoi avoir installé un ascenseur dans un atelier de motos ?
L’ascenseur a été construit pour accéder à un étage qui n’existait pas à l’origine. Il a été créé à la fois pour gagner de la place au sol, mais aussi pour des raisons de sécurité, l’atelier ayant connu des tentatives de cambriolage. Le choix a été fait de continuer la passion en renforçant la protection plutôt que d’arrêter. L’ascenseur permet aujourd’hui de hisser les motos et la collection à l’étage en toute sécurité.
Qu’est-ce que l’eXtour, championnat de France de motocross électrique ?
L’eXtour est le championnat de France de motocross sur motos électriques. C’est une discipline encore jeune, sur laquelle les marques alignent leurs protos et leurs teams officiels. Jonathan Vidal l’a remporté deux années de suite, ce qui constitue un palmarès significatif sur une discipline en plein développement.
Comment Jean a-t-il appris à souder dès l’âge de 8 ans ?
Jean a fait ses premières soudures à 8 ans, aux côtés de son père, qui disposait d’un chalumeau. C’est cette transmission familiale, dans un cadre informel et autodidacte, qui a fondé sa pratique de la soudure. Il a ensuite appris à se servir d’un tour, d’une fraiseuse, et même à fondre des pièces, toujours en autodidacte, pour devenir un touche-à-tout complet en matière de restauration de motos anciennes.

Combien de motos compte la collection de Jean et Jonathan ?
Le nombre exact n’est pas communiqué dans la vidéo. Ce qu’on sait, c’est qu’il y a plusieurs motos en cours de restauration, dont la Portal 1983, ainsi qu’une réplique de Maico avec un gros moteur et un réservoir rouge. La collection est suffisamment importante pour avoir nécessité la construction d’un étage dédié et d’un ascenseur.
Comment joindre Jean s’il vous manque des numéros de Moto Revue entre 1913 et 1924 ?
Jean lance un appel à la communauté : il recherche des numéros de Moto Revue de la période 1913-1924 pour compléter sa collection qui couvre déjà cent ans de publication. Les personnes disposant de vieux exemplaires, ou connaissant des familles susceptibles d’en avoir, peuvent se signaler. Les coordonnées ne sont pas données dans la vidéo, mais on peut passer par la chaîne « monde des motos françaises » pour établir le contact.
10. Conclusion
Au bout de cette visite, on repart avec une certitude : la passion de la moto, en France, ne se limite pas aux productions japonaises ou aux grosses européennes. Elle se niche aussi dans des ateliers comme celui de Jean et Jonathan Vidal
Retrouver la vidéo complète ci-dessous :
Pour aller plus loin dans l’analyse de cet article, vous pouvez lire l’article suivant : Il achète un container rempli de motos – par Bikes and Beards.
